Il y a quelques semaines, Gandalf m’a proposé ce sujet, fort intéressant, mais aussi quelque peu épineux : « Parle-moi des femmes dans la culture geek. Et je veux ton avis en tant que femme, surtout ! ». Ni une ni deux, j’ai accepté, sans réfléchir plus que ça. Ouais, certains trouvent que ce sont nos défauts qui font notre charme, bla, bla, bla. Je décrète officiellement que ce sont des conneries. Bref. On m’a demandé mon avis, j’avertis solennellement que ce qui suit m’engage moi, rien que moi, patati, patata, croix de bois croix de fer si je mens je vais en enfer.

Alors déjà, « les femmes dans la culture geek », qu’est-ce que ça veut dire ? Il faudrait peut-être redéfinir ce qu’est la culture geek ? Vous vous souvenez, le truc que j’ai écrit il y a trois lignes sur les défauts qui font notre charme ? Je viens de changer d’avis là-dessus. J’ai la flemme, alors je vous renvoie vers quelques réflexions qu’on a eues par le passé, et notamment avec ce super article de Gandalf sur les geeks.

Mais revenons-en à nos moutons. Pour simplifier les choses, je vais considérer qu’il y a deux principaux aspects à la question. Il y a la façon dont l’ensemble de la société, mais aussi les geeks eux-mêmes, perçoivent les femmes représentées dans les jeux vidéo, les films, les séries, les mangas et j’en passe. Et l’image qui en ressort n’est pas forcément jojo. Mais « les femmes dans la culture geek », c’est aussi les femmes qui participent à cette culture. Elles en sont actrices (écrivaines, développeuses, dessinatrices, cosplayeuses, joueuses pros ou semi-pro, etc.) ou consommatrices. Moi, je fais partie de ces toutes dernières.

Femmes représentées, femmes perçues

Lara aux seins pointus

Lara aux seins pointus (Tomb Raider, 1996)

Pour la catégorie des femmes représentées dans les jeux vidéo et compagnie, on entend bien souvent des voix s’élever contre le fait que les femmes sont systématiquement représentées comme des objets. Alors oui, c’est vrai, il y a les femmes « Lara aux seins pointus », il y a les « Ivy à la poitrine ondulante », les « Bayonetta toute en latex ultra-sexy ».

Mais est-ce que c’est vraiment systématique ? Là, ne je suis pas vraiment d’accord. Déjà, parce que ce sont des femmes qui cassent des rotules et que pour moi, c’est ce qui est important dans cette image de la femme. Ce ne sont pas des princesses qu’il faut sauver, bien au contraire. Ensuite, parce que j’aime bien me rincer l’œil sur les hommes-objets du jeu vidéo qui pullulent tout autant, si ce n’est plus, dans l’industrie geek. Bonjour Adam Jensen et sa belle gueule, hello la voix suave de Garrus, venez par ici les gros bras de Chris Redfield !

Lara en doudoune

Vingt ans plus tard, un design un peu différent pour Lara (Rise of the Tomb Rider, 2015)

Le changement, c’est maintenant ?

Ces dernières années ont vu l’émergence d’un nouveau type d’héroïne, où l’aspect humain prend largement le pas sur le côté physique. Pour moi, l’exemple par excellence est le choix que l’on peut faire dans Mass Effect entre Fem-Shep et L’autre-Shep (c’est mon article, je dis ce que je veux). Les femmes et les hommes sont mis sur un parfait pied d’égalité, on sauve tous l’univers pareil. Il en va de même pour Dragon Age, où le héros réussit les mêmes prouesses indépendamment de son sexe. Mais c’est quand même avec Shepard que ça m’a le plus marqué, peut-être à cause de la tâche qu’elle doit affronter (oui, j’ai bien dit : « elle »). N’oublions pas aussi le reboot de Tomb Raider. Exit la poitrine généreuse, bonjour la vraie fille qui affronte des problèmes… peu communs. Ou alors Aloy. Elle est belle, mais pas forcément hyper sexy.

Ripley qui fait peur

Ripley, elle pète des dents.

Et en fait, tandis que j’écris ces lignes, je me rends compte que la femme pas-si-objet-que-ça remonte à bien plus loin que les années 2000 dans la culture geek. Parce qu’à la princesse Leïa en tenue d’esclave, on pouvait opposer la Ripley de l’espace dans Alien. Parce que face à la princesse Peach que Mario devait sauver en boucle, on pouvait mettre Samus Aran en grosse armure.

Donc : la femme représentée dans la culture geek est un objet de fantasmes adolescents, certes. Mais pas que. Déjà, le contraire est vrai aussi : il y a la femme-objet, mais aussi l’homme-objet. Ensuite, je ne pense pas que ce soit l’image à retenir. L’aspect physique n’est que l’un des atouts de ces héros si on à affaire à un jeu, film ou autre un minimum bien foutu (aspect physique, bien foutu, vous avez relevé ? Ha, ha). Passons maintenant à mon deuxième point : les femmes qui participent à cette culture et en profitent.

Les femmes dans la culture geek : la « vraie vie »

Alors là, pour moi, les choses se compliquent. Comme pour la première catégorie, il y a ceux qui portent un regard sain sur notre « groupe » : on est juste des gens comme des autres qui pratiquent un hobby, partagent une passion, exercent un métier. Même s’il est estimé que seulement 15 % des salariés du domaine du jeu vidéo sont des femmes. C’est dans cette équation que je me reconnais le mieux : « femme geek = homme geek ».

Mais il y a aussi tous ceux qui n’arrivent pas à considérer la femme comme un être à part entière. Ceux-là font que quand je joue en ligne, je n’ai pas forcément envie de mettre mon casque (NB, ça ne m’arrive pas très souvent et seulement pour quelques jeux). Il y a ceux qui se sentent obligés d’harceler les joueuses, que ce soit pendant les parties, sur les réseaux ou pire, IRL. Je ne dis pas que c’est un problème strictement féminin, mais je pense que ça nous concerne quand même plus que nos amis mâles. Juste parce que.

Mais aujourd’hui, près d’un joueur sur deux est une femme : 46 %, pour être plus précise. Il y a des jeux qui se veulent spécifiquement « féminins », mais sincèrement, je n’ai encore jamais vu aucune des mes amies, connaissances filles, geek que je suis sur Twitter ou autre s’extasier sur « Crée ta maison de mode où tu élèves des chatons » au lieu d’un Elder Scrolls, un Horizon Zero Dawn, un GTA, etc.

Genderbend de Geralt

J’avais juste envie de mettre cette image de genderbend par Aelirenn pour montrer que le cosplay féminin de qualité n’est pas forcément dénudé.

Pour conclure : je pense que, dès le départ, un regard plutôt sain a été porté sur la femme dans la culture geek par quelques acteurs de l’industrie au travers de personnages qui déboîtent comme Sarah Connor, par exemple. Malheureusement, l’image de la fille inutile qui piaille et qui ne sert à rien a largement pris le dessus dans les diverses représentations, qu’elles soient littéraires, vidéoludiques ou cinématographiques. Il s’agit d’un problème qui ne touche pas seulement la culture geek chère à notre cœur, mais la société dans son ensemble. Aujourd’hui, les choses ont l’air d’enfin évoluer. Les personnages féminins forts occupent une place de plus en plus importante et sont présents de plus en plus souvent dans les jeux vidéo. Les femmes sont de plus en plus actives dans la culture geek. Mais pour ce qui est du ressenti personnel, moi, je ne demande qu’une seule chose, c’est qu’on ne regarde pas l’engin que je me trimballe entre les jambes, mais ce que je fais de la manette que je tiens dans les mains.

Anna
Anna Administrator

Je rédige des trucs, je traduis des machins, et surtout, je geek, je geek, je geek!

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