Les mythes, légendes, contes et fables bercent l’imaginaire de l’Homme depuis la nuit des temps. Difficile pour le monde geek de ne pas se trouver marqué par des dizaines, des centaines – que dis-je –  des milliers d’années d’histoires diverses et variées. Parfois tristes, d’autres fois drôles, aussi bien didactiques que simplement distrayantes.

Ces influences se laissent ressentir sur des domaines très variés de ce qui est considéré comme geek. Là, les interactions entre les différentes facettes de cette culture qui est la nôtre se laissent fortement ressentir. L’exemple en est donné avec les films Marvel qui sont tirés de bandes-dessinées, elles-mêmes fortement marquées par les mythologies grecque, romaine ou encore nordique. Mais on a aussi tous les films inspirés très directement par les mythes tissés autour du roi Arthur et de ses chevaliers. Ou encore des œuvres comme Le Seigneur des Anneaux de Peter Jackson (2000-2003), adapté du livre de Tolkien qui était un érudit en matière de mythologies scandinaves… Mais je m’égare. Il vaut mieux procéder dans l’ordre.

 

Cinéma et mythologies

Dans la famille « Mythologies antiques », je demande les films de Marvel. Difficile en effet de ne pas remarquer que Thor est… une représentation moderne du Thor nordique, dieu du tonnerre, fils d’Odin, frère de Loki, pourfendeur du serpent Jormungandr et qui périt pendant le Ragnarok (en espérant que ce n’est pas un spoil pour le film qui sortira en octobre) (ndlr : à priori ce n’est pas un spoil). De même, l’inspiration gréco-romaine de Wonder Woman (Patty Jenkins, 2017) semble assez évidente. Déjà, l’île dont elle est originaire se situe quelque part au large de la Grèce. Ensuite, la construction de la société est très largement calquée sur le mythe de l’Amazone. Et puis, les noms en eux-mêmes sont assez parlants : Hippolyte (nom grec), Diana (de la déesse romaine de la chasse, Diane), Arès (ennemi de Diana et dieu grec de la guerre).

De même, on pourrait mentionner l’inspiration nordique du Seigneur des Anneaux et du Hobbit, tant pour l’original littéraire que pour l’adaptation cinématographique. Après tout, quand l’auteur puise les noms des personnages directement dans l’Edda poétique, on ne cherche plus la petite bête, il s’agit d’une référence évidente. Le Gandalfr original devient certes Gandalf, et Throinn Eikinskjaldi devient Thorin Ecu-de-Chêne, mais en fouillant un peu, on découvre que la traduction littérale de « Eikinskjaldi » est justement « à l’écu de chêne ». Et ne parlons pas de Fili, Kili et autres Oinn et Gloinn, qui sont puisés tels quels dans l’Edda. Sans oublier les autres éléments constitutifs du lore comme les elfes, les dragons, les trolls…

Parmi les films inspirés des mythes anciens, on pourrait en citer un tas d’autres, comme Le Choc des Titans (Louis Leterrier, 2010) ou encore Gods of Egypt (Alex Proyas, 2016). Mais je n’ai pas envie de vous ennuyer avec des listings. Passons donc sans autre transition au point suivant : le roi Arthur dans les films, soit comment le cinéma cherche son inspiration dans des littératures devenues anthologiques.

 

Cinéma et légendes littéraires

Une partie des œuvres cinématographiques s’inspirent de littératures qui peuvent littéralement dater de Mathusalem. Je vous parlais notamment des légendes de la Table Ronde qui ont trouvé de très nombreuses adaptations au cinéma, certaines anciennes (Les Chevaliers de la Table Ronde, Richard Thorpe, 1953), d’autres toutes récentes (Le roi Arthur : la légende d’Excalibur, Guy Ritchie, 2017). Elles sont parfois sérieuses (Le roi Arthur, Antoine Fuqua, 2004), d’autres fois tournées en dérision (Sacré Graal !, Monty Python, 1975). Le cycle arthurien trouve ses racines dans les romans de chevalerie médiévaux, eux-mêmes successeurs des chansons de geste. Ils sont apparus au XIIème siècle sous la plume de Chrétien de Troyes. Selon certains chercheurs, le roi Arthur est un personnage historique, probablement un chef de guerre anglais qui a repoussé les invasions saxonnes et qui a été ultérieurement glorifié. Ces littératures s’inscrivaient dans l’esprit de leur temps : il fallait motiver les chevaliers à arrêter de piller, violer et tuer en montrant l’exemple de personnages nobles non seulement de sang, mais aussi de cœur…

Mais il y a aussi des genres littéraires plus récents dont les personnages sont aujourd’hui devenus mythiques. Comme Sherlock Holmes (pour ne citer que lui) de Sir Arthur Conan Doyle, apparu à la fin du XIXème siècle et qui a été adapté en plusieurs films et séries. Ou encore Alice au Pays des Merveilles. Ou bien Narnia. La liste pourrait être longue…

Enfin, last but not least, beaucoup de films s’inspirent non plus de mythes ou de légendes, mais de contes qui nous sont plus ou moins proches.

 

Le cinéma et le conte

Alors là, il y en aurait, des choses à dire. Je vais me restreindre un peu, promis.

Déjà, certains peuvent trouver la différence entre les trois concepts – mythes, légendes et contes – plutôt floue. Alors voilà, pour clarifier un peu mes propos… La légende est un récit merveilleux qui s’inspire d’éléments historiques. Donc, quand on mentionne le roi Arthur, il serait plus correct de parler de « légendes arthuriennes » que de « mythologies ». Quant aux mythes, ils relatent des histoires imaginaires non basées sur l’histoire et où apparaissent des héros représentant une force de la nature ou un trait de caractère (Thor pour le tonnerre, Narcisse pour le narcissisme, etc.). Enfin, un conte est un récit imaginaire qui a pour but d’instruire en amusant. Par exemple, Blanche-Neige nous apprend que la jalousie, c’est mal, parce que ça nous transforme en vieille sorcière moche et fripée.

Je pense d’ailleurs que Blanche-Neige est l’exemple type du conte dans le cinéma. Il y a eu pas mal d’adaptations, de celle de Disney en 1932 à Blanche-Neige et le Chasseur (Rupert Sanders) en 2012. Bon, inutile de dire que les versions cinéma sont grandement détournées et/ou « jolifiées ». Par exemple, dans Cendrillon telle que racontée par les frères Grimm, les vilaines frangines se coupent les orteils pour pouvoir mettre la chaussure mais sont trahies par le sang qui dégouline (grosso merdo). Et quand elles vont au mariage de la demi-sœur, des oiseaux les attaquent et leur arrachent les yeux pour avoir convoité ce qui ne leur appartenait pas. Bah ouais, à l’époque, les gosses, on les éduquait à la dure. Les oiseaux de la Cendrillon de Disney l’aident juste à faire sa robe. Sérieusement, qui irait croire ça ?

 

Le mot de la fin

Bon, pour conclure, j’affirme avec conviction qu’avoir quelques connaissances en mythologie, pouvoir raconter un conte ou deux et avoir au moins effleuré l’Edda et les écrits de Chrétien de Troyes et de Mallory, ça peut ajouter un plaisir supplémentaire au visionnage de pas mal films. Alors ouais, ça m’a fait du mal que Mordred soit présenté comme l’oncle d’Arthur dans le film de 2017. Tout le monde sait que c’est son fils qu’il a eu avec sa demi-sœur Morgane et qu’il est donc aussi son neveu ! Mais j’ai aimé le savoir. Et je suis sûre que vous aimerez aussi ! Quand même, connaître ces légendes a ajouté une dimension non négligeable à l’acte même de regarder ces films.

Alors, tout le monde, go à la bibliothèque.

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