Hello Fox ! Pour ceux qui ne te connaissent pas, pourrais-tu te présenter ?

Bonjour, je m’appelle Franck, j’ai 35 ans et je suis auteur et condottiere multi-tâches en presse papier, web, et en podcasts.

Ça c’est la version courte.

En version longue je suis un journalol JV / Tech / Pop culture quand il y a du travail, consultant quand on fait appel à mes services, j’anime et gère des podcasts parce que j’aime ça et quand les planètes s’alignent, j’écris un bouquin parce que j’aime bien écrire.

Je suis passé par quelques sites un peu connus comme Gamekult, carrément décédés comme jeuxvideo.fr, j’ai écrit sur le RPG occidental pour Level Up chez Third Edition et quand ils ont découvert que je ne racontais pas que des bêtises, ils m’ont laissé écrire un livre sur Skyrim.

Et parfois, on me demande une interview et ça finit mal…

Mais nooooon ! Tu vas voir, ça va bien se passer. Comment est née ta passion pour les jeux vidéo ?

J’ai eu des jeux électroniques étant petit, puis je suis passé devant une NES dans une boutique, on m’a laissé prendre le pad et je ne l’ai plus lâché depuis. De toute façon je prenais déjà feu en plein soleil, les gens avaient peur de moi et dans les jeux on pouvait détruire des trucs avec des épées, des haches et de la magie, le deal était forcément gagnant pour le gamin que j’étais.

Après ça a été la lente descente aux enfers, des parents irresponsables qui achètent des jeux vidéo violents où un plombier écrase des animaux sans défense, un enfant elfe commettant un génocide porcin pour contrer un coup d’état militaire, deux dudebros qui tabassent des loubards pour faire régner l’ordre dans leur ville… Le chemin classique vers une adolescence empreinte de bizarreries diverses comme le jeu de rôle, les jeux de cartes à collectionner, la dilapidation de l’argent familial pour des loisirs onéreux, la chute, l’envie d’en faire un métier…

Une histoire terrible à une époque où Pascal le grand frère rampait dans la jungle Guyanaise et ne sauvait pas les jeunes en perdition.

Pascal le grand frère

Et dire que Fox y a échappé…

 

Quelles sont tes consoles préférées ?

Je n’ai jamais vraiment réussi à établir un classement entre mes bécanes favorites parce que chacune à sa manière m’a offert des expériences diverses. La SNES demeure probablement celle qui m’aura le plus émerveillé grâce à son incroyable catalogue, mais j’ai un amour tout particulier pour la Dreamcast dont j’ai attendu l’arrivée avec fébrilité pendant des mois, jusqu’à avoir ma machine et Soul Calibur sur lequel je bavais.

Je dois à la PS1 et à la PS2 nombre de merveilles, à la Xbox certaines courageuses pépites comme Otogi, à la 360 le jeu en ligne sur console et la formation de ma célèbre bande de -trop nombreux- potes, et toutes les autres pour des heures à découvrir des univers profonds ou des exutoires démentiels.

Mais Dreamcast Defense Force 4 Ever.

 

 

Et tes jeux préférés ?

Hormis les jeux de sports collectifs où je suis atrocement mauvais (foot, basket, hockey, NFL etc), j’aime à peu près tout. En prenant de l’âge je me suis rapproché des TPS/FPS où je trouve dans certains un équilibre entre distraction et skill. J’ai un peu délaissé les RPG, non pas par désamour du genre mais parce que nous avons évolué sur des chemins différents et que j’ai peut-être plus de mal à me sentir impliqué dans les univers de ces dernières années. C’est une question d’humeur et de contexte avant tout, j’ai travaillé sur des sujets variés et éloignés du genre, peut-être que je reviendrai dessus quand les dispositions seront meilleures.

J’ai mes marronniers et mes drogues, Diablo 3 et Path of Exile qui demeurent des gouffres temporels inouïs où je continue de jouer assez salement, ou les Elder Scrolls où je n’ai plus grand-chose à faire d’ici la sortie du prochain – qui est malheureusement encore loin d’arriver. J’ai usé deux claviers sur League of Legends et Dota avant de me sevrer définitivement des MOBA ultra compétitifs – je suis insupportable en jeu et mon stress est démultiplié – du coup je ne fais plus qu’un peu de Heroes of the Storm en casu avec quelques copains de Geekzone et j’évite de trop forcer sinon mes démons me reprennent vite.

Ces derniers mois j’ai surtout joué à PUBG, Destiny 2 sur PS4 et PC, Tekken 7 et Path of Exile. J’étais très peu chaud sur PUBG, ayant déjà passé plusieurs centaines d’heures sur DayZ – le mod Arma, pas leur stand alone merdique -, j’avais fait pas mal de pvp là-bas et je savais l’injustice absolue et les crises de nerfs que pouvaient générer des Battle Royales made in PlayerUnknown. Sauf que quand la moitié de ta bande y joue tous les jours pendant des plombes et que tu dis non, tu finis par recevoir le jeu en cadeau Steam et à y aller.

Monumentale erreur.

Ce jeu est merveilleux, parce que les gens avec qui je joue le sont ; dans un tout autre contexte, je me serais déjà barré. Dans ma bande t’as les hardcore sérieux, généralement avec moi qui gueule dedans, et ceux qui ont la capacité incroyable de garder un bon niveau de jeu en faisant n’importe quoi. J’en ai plusieurs comme ça, Sokk et Jangho, des mecs qui vont choper une bagnole et klaxonner pendant 5 minutes en renversant des mecs et en criant « GLUTEN !», qui mettent Careless Whispers dans l’avion pour que tout le monde entende, et qui collent des flèches ou des balles dans ton cul quand tu portes une batée.

Et puis t’as des mecs comme Cafeine qui te chopent à 3h du mat’ en mode dealer de coke « allez viens, on va faire du sexe à Water Town », qui te parle comme un latin lover alors qu’on va se jeter en plein milieu d’une zone de combat à 45s de durée de vie max. Le jeu en lui-même est mécaniquement efficace malgré son statut d’ealy access, mais ce qui en fait la grosse sensation de l’année c’est ce qu’il se passe pendant les parties.

PoE assouvit mon besoin de farming intensif, je me colle sur une saison, on rush pendant environ 1 mois avec quelques copains, je monte un perso 90 et si je coince ou que je vois les limites du build, je lâche pour ne pas m’écoeurer. Il y a une vraie satisfaction à calculer son build, chercher ses optimisations etc, mais c’est un trou noir niveau temps et j’en ai pas eu assez pour le faire correctement. Je préfère me prendre un build, généralement fait par Mathil – un streamer / theory crafter de génie – ou par d’autres experts comme Lifting Nerd Bro ou ZiggyD, et je tente un perso en suivant leurs conseils.

Je pensais au départ que ça serait très linéaire et balisé mais au final on en chie quand même, on réfléchit profondément aux choix du build et on apprend petit à petit l’immense répertoire de talents et capacités des différents personnages. C’est techniquement remarquable de la part de GGG et en cela ils dépassent largement tout ce que Blizzard a fait après Diablo 2.

J’aime aussi énormément les jeux de baston, mais n’ayant pas trop la patience de bosser sérieusement dessus je joue moins qu’il y a quelques années, où c’était quotidien. Street Fighter 3.3 et Soul Calibur restent mes chouchous, et j’attendrai le reste de mes jours que 3.3 sorte sur PC (Capcom bougez vous).

J’ai quand même mon petit panthéon avec du FFVIII, Soul Reaver, Morrowind, Myst III Exile, Secret of Mana et beaucoup d’autres.

Comment vois-tu l’avenir de l’industrie vidéoludique ?

Je ne suis pas analyste ou ne prétends pas avoir une vision globale de l’industrie, faut être un sacré golmon ou un putain d’escroc pour oser assurer de l’avenir du jv alors qu’on est en pleine mutation, entre l’hécatombe des studios de développements à coups de rachats et d’absorptions et le besoin de conquérir différents publics. Il y a encore six mois on pensait que Bolloré allait avaler Ubi, les choses semblent se tasser, ils ont retiré leurs exigences de siège au conseil d’administration et ça a surpris tout le monde, donc prédire l’avenir, c’est pas mon truc.

Par contre tu peux faire un portrait rapide de quelques points qui t’indiquent que quand même, le monde merveilleux du jv, c’est pas non plus les Teletubbies et que demain peut sentir mauvais si certaines choses ne se calment pas.

Regarde Respawn Entertainment – anciens d’Infinity Ward qui géraient Titanfall -, les mecs ont sorti deux bons jeux qui ont ramassé toute la misère du monde sur la tronche. Le lancement du premier s’est foiré à cause du deal avec Microsoft, le matchmaking foireux et les serveurs en PLS (merci Azure), mais il était vraiment bon niveau gameplay et proposait une relecture intéressante du genre. COD a fait pareil après, étonnamment. Le second a été écrasé par un choix débile que je ne m’explique pas. Le sortir une semaine après Battlefield One et dix jours avant COD, les mecs chez EA avaient décidé tuer le poussin dans l’oeuf pour oser mettre un jeu pareil dans un tel étau. Et pourtant le solo déchire, tu as des idées de fou, un bon level design, un gameplay jouissif, mais non, deux mois après il ne s’était pas assez vendu et on le trouvait à 20 balles.

C’est ça aujourd’hui l’industrie du jeu vidéo, tu as une quantité incroyable de bons jeux, mais sur le plan professionnel et humain, c’est pas forcément la joie. J’entends pas mal de gens dire « tout va bien, regardez le marché est florissant, on a vendu des millions de consoles, les jeux sont beaux et incroyables etc ». Oui, c’est vrai, mais ça c’est du bullshit de marketeux et d’analystes du fap. Aujourd’hui t’as environ 7000 jeux qui sont sortis cette année sur Steam, tu enlèves les merdes faites par des escrocs et des opportunistes, les petits jeux de niche et les trucs très amateurs, il en reste tout de même plus de 2000.

La concurrence n’a jamais été aussi rude, tout le monde veut son million seller parce que les jeux coûtent de plus en plus cher et demandent encore plus de personnels, internes et prestataires. J’ai des amis devs, dans de gros studios, indés qui marchent ou indés qui crèvent, et franchement c’est pas vraiment l’eldorado derrière le rideau. Parce qu’il faut en vivre, et quand t’as une offre pléthorique, le gâteau a des parts plus petites et faut évidemment couper à un endroit. Et de préférence sur la branche sur laquelle tu es assis, sinon c’est pas drôle.

Les gros éditeurs se dirigent vers le « game as a service » parce que leur but est avant tout la croissance et le contrôle des parts de marché / clients. Alors qu’on est dans une période un peu bancale, ça mise sur la 4K parce qu’il n’y a rien d’autre à vendre et qu’on y croit, ça fait des campagnes de pub à 50 % du budget du jeu, ça réduit les temps de développement et ça fait des putains de loot boxes.

Les spécialistes des loot boxes

Un exemple d’actualité…

C’est pas brillant et à mon sens pas vraiment un choix stratégique à long terme. Mais la plupart s’en contrepètent l’encornet du long terme. Tu vends ton jeu Machin 1,2,3 sur trois ans, tu prends la maille et tu recrées un truc fissa ou tu ramènes d’entre les morts une vieille gloire histoire de retaper du blé aux imbéciles nostalgiques que nous sommes. Et en dessous de 85 au metascore, les connards du dessus viennent pleurer pour leurs bénefs parce qu’ils avaient prévu de prendre 5 % de plus cette année, le raisonnement d’actionnaire c’est bien, mais c’est pas ça qu’on appelle la classe, ou le business intelligent.

J’aimerais que l’industrie essaie un peu moins de miser sur des stratégies de croissance destructrices pour travailler sur la consolidation de ses licences et assets. L’exemple phare pour moi c’est Rockstar. Sans en faire un chevalier blanc pour autant, la boite sort un jeu, en vend 100 millions sur 5 ans, continue à alimenter son multijoueurs et prépare peinarde la sortie de RDR 2 qui va certainement remplir les caisses pour les 5 prochaines années. Il y a des leçons à en tirer sur l’investissement à long terme et les licences fortes. Ubi l’a tardivement réalisé en faisant faire une pause à Assassin’s Creed, Activision s’en fout vu qu’il vend son Call of chaque année et même si ça whine au boycott ou dit que c’est de la merde, ça va faire son chiffre quand même.

EA est quant à lui retombé dans ses vieux démons d’il y a dix ans, ce que j’appelle EA CUNTS, IT’S IN THE ASS. Ils avaient une autoroute avec Need for Speed Payback pour faire un jeu fun et un peu bas du front à la Fast & Furious, mais il a fallu qu’ils insèrent du grind et de la loot box au pied de biche dans le GD. Le premier SW Battlefront quant à lui était pas terrible puisque sans solo scénarisé (la base de la série quand même) et avec un multi déséquilibré tant au sol que dans le mode de bataille aérienne, mais il y avait de l’idée. Ils se sont tellement foirés qu’ils ont vendu le jeu complet dlc compris à 5€ même pas 10 mois après la sortie, j’appelle ça un constat d’échec, même si on te dira le contraire dans leurs bureaux.

Le nouveau est au centre d’une controverse saine, mais les marketeux ont encore craqué et foutu le pif dans la schnouffe pour imaginer que ça allait passer. Reddit a calculé plus de 4000 heures ou 2000$ pour débloquer tout le contenu du jeu, une fois vérifiée, l’info tombe, et ils te font un mea culpa du bout des lèvres façon De Gaulle « On vous a compris !». Ils ont surtout les miches humides parce que ça a énervé les législateurs, et j’aimerais que le jeu se plante totalement afin d’envoyer un message fort face à ces pratiques.

Je crois plus qu’ils vont juste faire passer la même chose en allégé et qu’on ne dira rien, technique classique, si on te pète une jambe, tu sentiras pas le coup de surin dans le dos. Quand la création est étouffée par une volonté malsaine de faire du chiffre à tout prix, tout le sacro-saint marché en souffre. Après, de la valeur artistique ou culturelle d’un jeu à leurs yeux, je n’ai pas la certitude qu’hors d’excel et des tableurs comptables ça les intéresse vraiment.

Et dans leur coin tu as les indés, nos braves amazones et spartiates qui créent des jeux super coolos… et qui bouffent souvent des pâtes un jour sur deux parce que le lendemain, bah, c’est café only pour faire des économies. Enfin, quand il reste du café passé le 15 du mois, sinon c’est eau chaude. Une partie d’entre eux sont des anciens de studios qui ont connu le crunch time, les devs épuisants, les coupures de budgets qui rendent le taff ridicule, et ils se lancent sur leurs propres économies dans la même chose, en devenant leurs propres bourreaux. Je trouve ça admirable parce que suicidaire, aussi parce que tu as de réelles pépites qui sortent et où tu peux t’éclater comme un fou et trouver de vraies innovations aussi bien artistiques que purement techniques. Mais niveau dévotion et volonté, même pour un jeu un peu raté, pas très beau ou sans grande prétention, ça force le respect.

Sur l’autre face de cette pièce tu vois aussi des gens au bout du rouleau après un dev de 5 ans et leurs économies parties en fumée, un jeu qui ne trouve pas son public alors qu’il est excellent, des drames aussi parfois, quand au bout d’une longue route tu relèves la tête et t’as quand même perdu un gros paquet de plumes. C’est toujours une grande aventure, aussi magnifique que terrifiante, mais c’est aussi parfois très injuste quand même avec tous les efforts possibles, t’as encore le cul dans les ronces.

Ça fait très constat noirci au charbon, un avenir peu brillant où ça sent pas la rose, mais c’est aussi ça « l’industrie », et rappeler qu’il y a des difficultés à affronter n’efface pas ce qu’il peut y avoir de merveilleux ou de génial. Je ne vais pas te dire comment je vois l’avenir mais plutôt comment je l’espère, c’est plus sain et surtout, fallait pas me laisser carte blanche en m’envoyant l’interview.

« Règle n°1 : tiens ton invité avant qu’il ne défonce ta mise en page, surtout si t’as invité Fox ».

L’avenir de l’industrie c’est l’humain, la meuf à l’ENJMIN qui veut devenir producer ou monter son studio, le petit gars qui dessine ses persos dans sa chambre et crée son univers, les gens qui bosseront demain dans l’industrie et les gens qui sont aujourd’hui l’industrie. Pas les 50 connards en costards qui se partagent les bénefs ou les 2500 boloss winners crossfit d’école de commerce et marketing, qui roulent des mécaniques parce qu’ils ont eu « l’idée du siècle » en posant leur pèche et vont l’imposer en sortant des chiottes.

L’avenir ce sont les forces créatrices, les forces vives qui créent des univers depuis leurs tripes, pissent du code ou s’éclatent les yeux à donner vie à des jeux. L’industrie est en pleine mutation, et j’aimerais qu’elle soit humaine, pas idéaliste « tout le monde s’aime c’est cool », humaine dans le sens où l’on redonne de la dignité et du respect à ce qui est apporté par l’humain. Tout ce qui monte finit par redescendre et en pressant comme des citrons ceux qui font l’industrie ou en essayant d’entuber ceux qui la font vivre par leurs achats, la chute sera violente pour tous.

C’est aussi d’arrêter de croire que 15 managers vont rendre une prod exsangue exceptionnelle, c’est écouter réellement ses équipes et ouvrir un dialogue professionnel et social dans les entreprises du jeu vidéo afin de les faire grandir, au lieu de jouer à la roulette russe et de décider sans réfléchir.

C’est d’être un peu moins couillon et de ne pas pré-commander ses jeux ou donner raison à des pratiques indignes ou dangereuses en les adoubant avec sa carte bleue ou d’aller mettre des notes sur metacritics pour enfin faire crever ce système sans queue ni tête.

C’est un encore et toujours de défendre une presse indépendante où l’on ne se demande pas si le test a été payé par l’éditeur, ou quand on est éditeur de punir financièrement ou matériellement une rédaction parce qu’elle a eu l’audace d’être honnête envers ses lecteurs et de faire son travail.

L’avenir de l’industrie c’est dès maintenant qu’on le construit, avec pas mal d’huile de coude, un peu de jugeote, une tête bien dure et un coeur bien accroché.

 

Comme tu participes aussi au podcast Les Clairvoyants, on va parler un peu comics : tu es plus Marvel ou DC ?

Définitivement Marvel, parce que je suis venu aux comics grâce à Strange, Spidey et Titans, des magazines qui compilaient des arcs Marvel et m’ont fait découvrir les Avengers, Iron Man et consorts. Je ne suis pas totalement Marvel pour autant puisque j’ai commis nombre d’infidélités avec un certain Batman, ou plusieurs de ses comparses.

En vieillissant y a quelques personnages qui m’intéressent vraiment beaucoup chez DC mais ce ne sont pas des têtes de séries. Constantine est certainement l’un de ceux que j’apprécie le plus, et je suis très heureux de voir qu’il a pu trouver son pendant réel avec Matt Ryan, tant en série (malgré l’arrêt un peu brutal) qu’en voix de doublage sur la prochaine série de dessins animés. Le personnage est un peu tout ce que j’aime, un désabusé nonchalant plein de gouaille, mais au final profond et donc forcément, très humain.

D’ailleurs, que penses-tu de cette sempiternelle « guerre » entre pro-Marvel et pro-DC ?

Je pense que c’est totalement con évidemment, mais mets-moi devant un joueur de Spellfire et je ferai certainement pareil, parce que je suis un joueur de Magic (RIP Spellfire). J’aurai alors à nouveau 12 ans, je le trasherai comme à l’époque et ça ne fera que renforcer nos certitudes.

C’est une réaction tout à fait naturelle, nous sommes des animaux sociaux, avec un fort besoin d’appartenance à un groupe. Être Team Marvel ou Team DC n’a au final pas d’importance, du moment que chacun arrive à rester critique sur sa maison favorite et prend du plaisir à lire et à voir des auteurs fleurir et créer, c’est le principal. DC a fait de la merde et de nombreux reboots malheureux ces 20 dernières années poussant à New 52, Marvel n’a pas été en reste avec le n’importe quoi et le bordel entre les reboots chelous, One More Day (Tu iras en enfer Joe Quesada) ou l’énième résurrection de Jean Grey/Phoenix dont je ne me rappelle même plus le chiffre tellement la meuf est l’expression du hot pocket (on sort du congélo, un coup au micro ondes et hop ça repart).

Lisez ce que vous voulez mais lisez, c’est le plus important, après, si vous trouvez Aquaman vraiment cool ou que Squirrel Girl vous fait fantasmer, vous avez des goûts un peu chelous mais hey, la vie serait bien ennuyeuse sans kinks bizarres.

Que penses-tu également du développement actuel du DCEU ?

Si tu remets les lettres D,C,E et U dans le bon ordre, ça donne déçu et c’est globalement mon appréciation des films Warner / DC. Le principal problème pour moi c’est Zack Snyder. Déjà le mec est incapable depuis 300 de faire un film qui part pas en couille, pourquoi ? Parce qu’il ne se sent plus retenu et a l’impression qu’il peut tout faire. Sur 300 il faisait dans son froc de fâcher son idole Frank Miller, qui lui aurait collé deux mandales vu le caractère du bonhomme.

Après il est un peu parti en cacahuète, mais quand il se maîtrise il fait des choses vraiment plaisante. Dawn of the Dead était très cool, mais à côté Sucker Punch, sérieusement, faut fumer du crack pour écrire un truc aussi bordélique et s’injecter je sais pas quoi pour réaliser un montage pareil. On peut aussi parler de Watchmen où toute l’essence morale du comics original est inversée à la fin, j’en ai pété un câble. Tu ne peux pas faire passer Nite Owl pour un mec sympathique alors que c’est un être veule, médiocre, moralement pourri par la peur et l’égoïsme, et qui laisse tomber toutes ses valeurs au moment fatidique. J’en ai pété un câble dans la salle de ciné tellement ça m’a fait hurler de rage. Dans le comics, on voit qu’il est une merde, il l’assume et plie, il n’est pas innocent ou pris de court, il fait un choix moral (de merde) mais il le fait. Dans le film on lui enlève ça, on le dédouane en quelque sorte. Le film est globalement bon jusqu’à Mars, là Snyder veut moderniser le truc, se prend les pieds dans le tapis, se la joue grande réalisation et s’écrase comme un moustique sur l’avant d’un camion.

Je n’ai pas aimé Man of Steel, là encore toute une partie complexe de Superman est malaxée dans une bouillie qui est très visuelle mais illisible et parfois expédiée à la va-vite. Batman v Superman c’est une autre histoire, parce qu’on touche au génie du NOPE 101. Deux montages. DEUX MONTAGES pour raconter la même histoire parce que son film s’étalait sur plus de 4 heures. De base tu sais que ça pue quand il te dit « alors c’est pas vraiment mon cut préféré, mais je vous ferai un director’s cut », je fais ça dans mon taf, on me tire une gueule de six pieds de longs et on me tance bien comme il faut. Au final son director’s cut est à peine mieux, ça se masturbe sur des plans magnifique mais derrière la matière n’y est pas. Fatfleck en mono-expressif vs Lex Loufouque, Doomsday qui se ramène, la JSA qui a déjà ses noms de code et ses logos sur une clef USB, Flash (putain Flash), et Wonder « cameo » Woman, tout ça aurait pu tenir s’il n’avait pas eu une base aussi moisie. Y a de quoi faire deux voire trois films avec ça, on dirait un menu B12 où le gras des nems dégueule et où t’es obligé de forcer sur la sauce aigre-douce pour pas vomir sur les gens de la table d’à côté.

Et puis un truc quand même qui marque  :

– Fatfleck : MAAAAAARTHAAAAAAAAA !

– Dumberman : « Pourquoi tu parles de ma maman ! »

– Fatfleck : MA MAMAAAAN S’APPEEEELLE MAAAAAARTHAAAA !

– Dumberman : « On est copains de mamans! »

– Fatfleck : COPAIIIIIIINS MAAAAARTHAAAA !

Tu vas pas me dire que ça c’est pas un plot twist de fanfic yaoi tumblr où à la fin la chauve souris se prend une super quenelle Kryptonnienne quand même. (avec tout mon respect pour les fanfictioners yaoi du monde entier). Déjà avec ça t’es pas mal niveau « ouaip, c’est de la merde » et ça te donne pas des masses envie de revoir un énième film de la franchise. Suicide Squad était pas bon non plus, reste Wonder Woman où j’ai passé un bon moment mais où j’ai trouvé Diana trop timorée par rapport à la brutasse qu’elle est réellement. Certes c’est un premier film qui introduit le personnage (franchement qui ne connaît pas Wonder Woman), mais j’aurais aimé qu’elle ait plus d’espace au lieu de suivre la bande de mongolos (tous des mecs of course) qui l’accompagnent. Diana c’est la force ultime, même Superman la ramène pas devant elle, et quand il l’a dérapé, elle lui a mis des vraies patates de forain qui l’ont remis d’équerre. Gal Gadot est vraiment pas mal, mais là encore, c’est gentillet, tu passes pas un mauvais moment mais c’est tiède.

Je vais passer sur Justice League que j’ai pas encore vu mais dont j’ai déjà vu assez pour ne pas avoir envie d’aller en salle. Snyder, encore un coup,  ça sera sur google à 3,99 balles quand ça sortira.

À côté de ça je suis les séries DC, Flash, Legends of Tomorrow, Arrow sur CW et Lucifer sur la Fox. Super Girl, non, parce qu’autant j’ai un crush sur sa sœur, autant non, c’est pas possible. Arrow a connu des gros bas mais j’avoue apprécier la série, Legends of Tomorrow est très moyen mais tu sens que l’équipe s’éclate et qu’il s’en foutent un peu d’être raccord. Flash est de toutes la mieux produite, y a un côté « feel good » et au final je trouve ça plaisant. Lucifer c’est mon plaisir, je suis totalement fan de Tom Ellis, il a une vraie prestance, l’écriture est déjantée, je ris pas mal et honnêtement, qui n’aimerait pas un diable comme celui-là.

Donc le développement du DCEU, ça part bien dans le mur et c’est dommage.

Parlons un peu de Marvel ! A ton avis, qui va mourir dans Avengers Infinity War ? Iron Man ? Captain America ? Howard the Duck ?

J’ai toujours été très client d’une mort de Tony Stark, autant parce qu’il fermerait les 3 phases MCU que parce que RDJ ne va pas conserver son rôle encore 10 ans. Mais le temps faisant, je pense aussi qu’une mort du Captain pourrait intervenir, notamment parce que la carrière de Chris Evans a bien décollé depuis et qu’il va falloir faire de la place pour les autres personnages, notamment le nouveau lead à venir.

Mais un truc, si Captain America doit mourir, je veux qu’il sache que Coulson est en vie et qu’il se bat toujours pour ce qui est juste. Alors oui c’est ma bromance perso depuis le premier Avenger, et ça serait génial de clore le chapitre ciné et télé entre les deux.

J’ai droit de rêver !

Selon toi, quelle serait la meilleure direction à prendre pour la phase 4 ?

La phase 4 est encore loin, il faut penser post Thanos, établir les changements profonds qui arriveront dans les deux prochaines années, mais on peut penser qu’il y a un début de ligne directrice. Déjà le futur combo Black Panther / Captain Marvel  va certainement prendre la main sur le duo Stark / Rogers – Captain Marvel a le lead en ce moment dans les comics, notamment dans Civil War 2 – mais aussi parce qu’il serait bien d’offrir une vision un peu différente du boy scout et du roi des technologies. Ces deux nouveaux dans le MCU ont les mêmes prérogatives et le même rôle, ça serait intéressant de voir comment leurs personnalités vont se développer et quels sujets vont les opposer.

Guardians of the Galaxy 3 sera probablement l’un des premiers films en 2020 – ils bossent déjà dessus en pré-prod – et vu la tournure actuelle, on va bouffer pas mal d’espace et de mysticisme dans les années à venir. J’aimerais énormément qu’on arrive vers les Illuminatis, mais ça demande beaucoup de boulot d’adaptation puisqu’il va manquer du monde pour avoir le vrai roster. J’adorerais qu’on conserve un peu de l’essence des premières phases tout en intégrant vraiment ces « New Avengers » que sont Cpt Marvel, Black Panther, Ant Man et d’autres nouveaux dont on ne sait encore rien.

On pourrait voir un développement de Secret Wars se faire autour de Captain Marvel, ou développer des retours de personnages, notamment Ultron qui est loin d’avoir dit son dernier mot.

 

Comme chacun le sait, tu es l’une des voix des Tauliers. N’est-ce pas trop dur de débattre sur le jeu vidéo avec une telle bande d’énergumènes ?

Le mot que tu recherches est « connards » et non, parce que c’est exactement ce que j’ai vu quand j’ai proposé l’émission à Yann en 2011.

La sempiternelle image tiède et lissée «c’est un sujet sérieux, c’est mature, soyons chiants parce que ça fait pro », c’est du bullshit. Oui on est bordéliques, on dit de la merde, on trolle un max mais on aborde aussi ce qui nous intéresse, nous interpelle, ou nous prend aux tripes. Y a pas de filtre et on est libre, c’est un vrai plaisir de pouvoir encore le faire après presque 7 ans.

On s’est un peu professionnalisés niveau organisation, mais sinon on y va toujours avec nos expériences, notre mauvaise foi (surtout Jay et Caf), et nos conneries (apport collégial). Quand on me demande ce que sont Les Tauliers je dis toujours « Tu prends les Grandes Gueules de RMC, tu les mélanges avec les Grosses Têtes de RTL, tu mets une rasade de whisky et du metal pour épicer et tu secoues le bordel ».

On a chacun développé une sorte de personnage, pas forcément volontairement, mais chacun a développé une facette de sa personnalité qui fait écho à celle des autres. Et puis on se lance le vendredi soir à 22h, généralement si la semaine a été à chier ou plutôt normale ou cool tu l’entends de suite à la voix de chacun.

Quels seront les thèmes abordés dans les prochains podcasts ?

Le Tauliers de novembre parle des Loot Boxes, on va brosser des cages et parler mal des gens qui ont eu cette idée de merde.

Le Clairvoyants de début décembre va revenir sur les séries Marvel The Punisher et Runaways avec un focus sur Frank Castle, et avec un peu de chance on verra lancement de la nouvelle saison d’Agents of Shield.

Et le Tech Two de fin novembre avec Yann (InkS) où on va parler de ce qu’on emporte en déplacement, de nos outils nomades (portables, outils etc). Le suivant sera le 11 décembre mais on hésite encore entre deux sujets.

Peux-tu nous parler de tes projets en cours à l’écrit ?

Je sors de 6 mois de boulot hors de la presse (un condottiere doit parfois voir d’autres horizons et va où l’or l’appelle) où j’ai appris beaucoup de choses. Quelques projets sont en attente mais je n’ai pas la liberté d’en parler pour le moment.

En écrit pur je vais profiter du temps libre que j’ai pour me remettre sur une nouvelle commencée pendant l’écriture de mon bouquin sur Skyrim. J’ai un proto que je trouve pas dégueu mais tant que je n’ai pas tout mis à plat sur une timeline précise, je ne vais pas me lancer à l’aveugle. Si niveau boulot l’ensemble trouve une certaine régularité ou stabilité, je réfléchirai peut-être à un autre bouquin JV, mais rien qu’à l’écrire j’entends déjà Mehdi de chez Third ricaner avec son « allez Fox, juste un de plus ».

Et puis je réfléchis un peu à relancer AoG d’une autre manière, mais ça demande une profonde refonte technique et une réflexion sur l’éditorial que je veux peaufiner quitte à aller à contre-courant. Je laisse donc le navire à la dérive en attendant le premier de l’an où, comme chaque année, je fais mon édito bourré.

Maintenant on passe à la traditionnelle série de questions avec réponse du tac-au-tac : quel est ton film d’horreur préféré ?

Braindead de Peter Jackson

Le membre des Tauliers que tu détestes ?

Fox, putain il parle trop et à chaque fois ça dure des plooooombes.

Que penses-tu réellement de Vin Diesel ?

Même si ça semble être une grosse diva capricieuse ça reste mon Baboulinet et je l’aime quand même.

Ton plat préféré ?

Côte de bœuf grillée, cuisson saignante, au grill en fonte ou aux sarments de vigne et bois de hêtre. Viande de Chalosse (la meilleure pour moi) ou Black Angus maturé (là on touche vite au divin).

Un dernier mot pour les lecteurs du Geek Moderne ?

Stéréobate.

 

 

Merci à Fox de s’être prêté au jeu ! Et n’oubliez pas que vous pouvez aussi retrouver les interviews de Sylvain et de Republ33k !

 

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